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Lettre à Jean-Philippe - ACA6500 Trajectoires personnelles et sociales (Volet III)

Publié le par David

Jean-Philippe à été l'objet d'abus sexuels dès l'âge de neuf ans. Il endurera des sévices jusqu'à dix neuf ans. Il relate son histoire au cours de sa maitrise en études des pratiques psychosociales. Je vous décrirai donc au travers d'une letttre adressée à l'auteur, mon professeur, les agressions subies, mais aussi son habilité à une résilience salutaire.

Gauthier, J,-P. (2001). De l'interdit de dire au droit d'être: Chemins de Trans-Formation. Vers une mise en forme de soi, de son expression et de sa pratique d'accompagnement à médiation du corps en mouvement, Chapitre IV - Fragments d'une histoire de vie (p.111-137). Rimouski: Mémoire de maîtrise présenté à l'Université du Québec à Rimouski. ISBN 9780494311103, 306 p.

Introduction

L'auteur nous relate une tranche de vie, celle de son enfance et son adolescence. Or, cette période est ternie par un lourd secret. L'enfant est meurtri au plus profond de son être, spolié par des agressions récurrentes qui s'éterniseront jusqu'à l'âge de ses 19 ans. Ces intimidations freineront le pouvoir être de cette petite âme empreinte d'une grande sensibilité. Cependant, Jean-Philippe sera faire preuve de résilience par sa voix, la musique, l'amitié et l'amour. Il mobilisera ses forces pour s'affranchir de son geôlier et amorcera des études au programme de psychosociologie de la communication qui permettrons à cet intervenant en devenir  d'oser être, du droit d'être !

Je vous propose donc de plonger à même cette histoire comme il en existe tant d'autres, trop souvent minimiser, ignorées, censurées. Mais aujourd'hui, ce sont quelques brides de l'histoire de Jean-Philippe que je souhaite vous décrire, parfois épris d'une grande impuissance et profonde tristesse, mais parfois aussi, rempli d'émerveillement et d'encouragements salutaires. Je conclurai ce récit par un dialogue avec l'auteur afin d'exprimer mes affinités avec ce texte et l'auteur lui-même.

Résumé

Jean-Philippe Gauthier contextualise sa démarche dans le cadre de la maîtrise en études des pratiques psychosociales. Cette formation a pour objectif d'accompagner  le praticien-chercheur dans un renouvellement de sa pratique. Il puise donc dans ses expériences passées plusieurs ressources permettant un déploiement de son plein potentiel d'action et d'expression dans le monde, en tant qu'être humain et psychosociologue. Pierre Dominicé (2002, p. 240) souligne l'importance du sens de cette démarche : « Le sujet confronté à lui-même, à autrui comme à la société qui l'environne, mène une quête identitaire difficile et qui correspond bien à l'invention biographique du sujet qui cherche à tirer des apprentissages contraint et voulus de sa vie. »

Dès son plus jeune âge, l'auteur nous relate la présence de la musique dans son univers familiale. Tout d'abord par un clin d'œil au groupe québécois Harmonium « qui restera pour moi l'un des héritages importants de ma culture qui accompagnera constamment ma vie en temps de joie comme en temps de désolation  » dixit Jean-Philippe Gauthier. Il évoque ensuite plusieurs souvenirs de Noël en famille, chez sa tante, où trônait au cœur du salon un piano. Dès lors, son oncle rentre en scène et installe ses grandes mains sur les touches pour composer des chants de Noël. Jean-Philippe prenant place sur les genoux de son oncle Jacob envers qui il voue une profonde admiration ; il l'accompagne de sa petite voix.

Dès l'âge de 7-8 ans, Jean-Philippe est intrigué par le monde musical. Il s'inscrit donc à la chorale de l'école pour ensuite embrasser l'école des petits chanteurs de la Maîtrise de Québec. Il se sentira exalté, vivant, la création éphémère mais renouvelable de cet univers revitalise son sentiment d'exister ! « Je retiens de ce temps l'apprivoisement du Beau et la persévérance qui nous permet d'atteindre des sommets qui transforment notre perception du monde. Dans le monde, il y a des gens qui se tuent et il y a aussi des enfants qui chantent. J'étais déjà un accompagnateur qui accompagnait d'autres voix. »

À 10 ans, ce jeune garçon tendait vers ses tendresses, la musique et le chant choral. Il se rapprochait aussi de son oncle Jacob envers qui il avait une totale confiance. Il était très attaché à lui, il était pour lui un modèle et une source d'inspiration à la beauté. Cependant, l'idole de ce petit garçon s'avérerait être aussi son abuseur : « Nous roulons dans sa voiture vers la maison de mes parents où il est venu en visite. Nous sommes à deux rues de chez moi. Dans ma tête, je supplie : « Tourne à droite, c'est là qu'est ma maison et c'est là où je veux aller le plus vite possible. » C'est à gauche que nous tournons. À l'intérieur de moi, c'est la désolation ; c'est comme si une scie me déchiquetait les tripes. Quelques coins de rues plus loin, la voiture s'immobilise et mon corps se tend comme une corde. Je suis terrassé dans la peur, la honte, l'impuissance. Mon oncle marmonne quelques mots incompréhensibles... Ce sont ses mains qui parlent le plus. Elles n'entendent pas ma voix silencieuse qui crie au dedans : « Non, non... S'il te plait... Non! » Et puis, face à ce qui m'attend, ce scénario déjà écrit d'avance, je tente de me défendre. Une tentative qui reste muette et impuissante, une fois de plus, et puis après, c'est une tombe de résignation qui me paralyse. Je n'existe plus, ni pour moi, ni pour lui. Je ne veux plus qu'une chose : que cela achève au plus vite. Lui, son attention est uniquement portée sur ce qu'il faut pour aller au bout de sa propre satisfaction, malsaine et destructrice pour moi. Moi, j'attends que cela finisse, presque sorti de mon corps. [...] Enfin terminé. Je le sens aux prises avec lui-même. Comme s'il était devenu seul au monde. Je le sens plein de remords, mais il ne dit plus rien. [...]

Ce même rituel perdurera plusieurs années. Jean-Philippe se sentiras seul avec son malheur, son désespoir incommunicable, non partageable. Or, au cours de ses 19 ans, ce jeune homme courageux se tenu debout pour faire face à son oncle et lui demanda de cesser ses abus. Il aura fallu quatre tentatives de la part de Jean-Philippe pour se débarrasser totalement des invectives de Jacob.

Tout au long de son adolescence, ce jeune homme puisera du réconfort auprès des notes de musique. Il a quinze ans, il ne chante plus mais il redécouvre le piano avec la chanson « November rain ». Doucement et progressivement, Jean-Philippe reprends vie à la lueur des partitions. Au travers de celles-ci, il retrouvera son âme et laissera entrouvrir une porte qui lui donne accès à une expression de sa vie.

Il à dix-sept ans, nous sommes au mois d'août, Jean-Philippe est éperdument amoureux d'une jeune femme. Ils travaillent tout deux dans le même camp de vacances. Sa simple présence l'inspire et l'élève, cet amour réveille son cœur. Or, cet amour ne durera que le temps d'un été, chacun devait retrouver sa « destinée » et retrouver les siens et sa ville respective. Déchiré, son amour lui manque, particulièrement cet état d'ivresse, ayant le pouvoir d'élever l'âme.  Jean-Philippe composera et jouera de la musique afin de rendre hommage à cette rencontre salvatrice. Quelques mois plus tard, il reçu la visite de cette idylle envers qui il invite à venir s'asseoir auprès de lui sur le banc du piano afin de lui offrir quelques œuvres dont elle avait été l'inspiratrice. Au bout de cet hommage, il se retourne vers elle, elle pleure...

L'auteur nous relate aussi l'importance de l'amitié, « l'amitié pour accompagner l'inavouable. » Il dit de cette dernière qu'elle était pour lui une expérience rédemptrice. Il souligne avoir eu des amis exceptionnels qui comme lui, rêvait de créer un autre monde. Ses amitiés lui donnaient l'espace nécessaire pour exister, pour savourer la valeur de son être. L'amitié revalorisait une réelle communauté humaine où les valeurs fondamentales telle que la présence à l'autre, la richesse du lien et l'importance de croire au meilleur de soi et de l'autre lui furent enseignées.

Peu de temps après, lors d'un voyage en Europe, en compagnie d'un ami, au cours d'une nuit d'ivresse grâce à une bouteille de vodka, de l'album L'Heptade d'Harmonium,  et des différentes confidences partagées, Jean-Philippe apprends une fois pour toute une grande leçon : l'acceptation du malheur comme une inéluctable partie du monde.

Nous sommes à Rimouski, Jean-Philippe se bâtit une nouvelle vie, il entre en contact avec un autre monde. Il début un cursus en communication où il abordera de grandes réflexions sur le domaine de l'intervention sociale. Il amorcera ainsi un processus de changement, une prise en main sur sa vie qui lui permettra de se réaliser et de déployer son plein potentiel. Aujourd'hui, très impliqué, Jean-Philippe Gauthier est praticien-chercheur en psychosociologie  et professeur à l'UQAR. Il est aussi enseignant au sein du programme de 2e cycle Sens et projet de vie au cours : Trajectoires personnelles et sociales. Il termine un doctorat en sciences sociales à l'Université Fernando Pessoa (UFP) à Porto au Portugal. Sa thèse porte sur la joie.

Conclusion

Jean-Philippe,

À la lecture de ces quelques lignes, je suis rempli d'émotion et de tristesse. En aucun cas, je hiérarchiserai la souffrance et l'injustice que tu as vécue avec la mienne et celles des autres. Comme tu le mentionnais lors du cours que tu nous à si généreusement dispensé, il y a des souffrances universelles qui nous lient au plus profond de notre humanité malgré toutes nos différences. La souffrance n'est étrangère à personne. Cependant, certaines sont intolérables ! Et tu sais très bien là décrire tout au long de ton mémoire de maîtrise. Nous partageons un sentiment d'aliénation, de solitude, de honte, d'impuissance, de désespoir qui jalonne notre histoire. D'une certaine manière, nous avons été muselés, on nous a interdit le droit d'être ! Mais avons su nous échappé ou devrais-je dire nous avons eu les habilités propres à la résilience pour supporter nos bourreaux ?

Grâce à certains talents que sont ta voix, la musique, l'amour et l'amitié, tu as su pallier à ton agresseur et redonner sens à ta vie. Tu as toute mon admiration Jean-Philippe, je te souhaite une bonne continuation dans tes projets et merci encore pour ton offrande.

David.

 

Cher David,

Je viens de te lire et je me sens en étroite relation avec ton texte et avec toi.

Ton écriture est très belle, d’une grande limpidité, d’une grande fluidité.

J’ai beaucoup aimé comment tu t’es approprié le texte et comment tu l’as rendu.

Il y a dans ta manière de rendre le texte, toute la force de ta sensibilité mariée à ton intelligence. On sent que tu comprends et que tu te laisses toucher, imprégner, impacter, résonner, etc.

Je t’ai lu comme on marche avec un compagnon de route.

Oui nous avons été muselés, oui nous partageons des sentiments multiplies, oui nous avons traversé notre histoire… 

Je suis heureux que ce texte t’ait interppelé.

Je te souhaite une belle continuation, une belle route et un magnifique printemps!

Jean-Philippe 20/20

Ce résumé fait parti d'un des quatre travaux à composer pour l'obtention du cours ACA6500. Nous devions choisir un texte parmi ceux du recueil et en faire un résumé tout en dialoguant avec l'auteur.  La longueur demandée pour ce travail doit être d'un minimum de 3 pages et ne pas exédé 5 pages.

Jean-Philippe Gauthier, M. en études psychosociales, Doctorant en sciences sociales à l'UFP et Professeur à l'UQAR.

Jean-Philippe Gauthier, M. en études psychosociales, Doctorant en sciences sociales à l'UFP et Professeur à l'UQAR.

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