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PEF6001 Séminaire interdisciplinaire thématique en études familiales I - Volet 2

Publié le par David 大卫 Li

 PEF6001	Séminaire interdisciplinaire thématique en études familiales I - Volet 2

 Les chemins de l'objectivité passent par la reconnaissance et l'aveu de la subjectivité de l'auteur. 

                                                                                     Edgar Morin

 

Ma famille et la vôtre


Parler de la famille suppose de parler d’un
objet si « familier », si commun à tous,
qu’il risque d’être évident et donc un peu
ennuyeux à décrire. Qui de nous tous n’en
sait quelque chose ? Par hypothèse, nous
avons encore, ou bien nous avons eu, une
famille ? Existerait-il même une société ou
des individus qui se passeraient de famille,
petite ou grande, glorieuse ou misérable,
ordinaire ou originale ?
Cette dimension « familière » – puisque
cet adjectif vient du mot famille (en latin
familia) – nous prévient aussi que nous
allons parler de quelque chose d’intime,
qui appartient à notre vie privée, peut-être
à notre vie secrète qu’il ne faut pas mettre
sur la place publique.
La famille est ainsi : publique dans certaines
de ses fonctions, privée et secrète
dans d’autres. D’emblée écartelée ou, si
on le voit positivement, faisant pont entre
ces espaces du dedans et du dehors.
Ne nous cachons pas le fait que, lorsque
nous parlons de famille en général, c’est
aussi de la nôtre que nous parlons : la
nôtre, la famille où nous avons grandi
mais aussi celle que nous aurions aimé
avoir et celle que nous regrettons d’avoir
subi. Imaginaire et réalité risquent de
se mélanger dans cette comparaison
consciente ou inconsciente – qui entraîne
projections et regrets – entre notre famille
réelle et la famille idéale ! En rêve, qui n’a
imaginé être l’enfant (abandonné ou
volé) d’autres parents, parents qui resurgiraient
un jour pour l’emmener vers une
autre vie, comme le Prince charmant et
sa modeste Cendrillon ou comme ce
film comique qui voit la substitution à la
naissance d’un enfant de riche et d’un
enfant de pauvre ! La famille mélange
ainsi des idéaux et des imaginaires avec
les réalités les plus concrètes et les plus
triviales.
Essayons tout de même d’y voir plus clair
en commençant par une définition. Qu’est-ce
qu’une famille ? À quoi sert-elle ?

SERGE VALLON - Qu'est-ce qu'une famille ? Fonctions et représentations familiales. 2006.

 PEF6001	Séminaire interdisciplinaire thématique en études familiales I - Volet 2

Je suis un homme comme tant d'autres qui est en train de vivre son expérience, un homme qui regarde autour de lui les choses avec humilité, respect, curiosité ingénue et surtout avec amour. De cet amour naissent la tendresse et la pitié que je ressens pour toutes les créatures que je rencontre. Je ne suis pas pessimiste et je ne veux pas l'être, mais ma prédilection va vers ceux qui souffrent le plus, qui sont victimes de la méchanceté, de l'injustice et du mensonge.

                                                                                Federico Fellini

Le matin, c'est la curiosité qui me réveille. Avec la curiosité, on a tout, l'amour de l'autre et de quoi jamais s'ennuyer. L'homme italien avait tout compris. Jusqu'à la fin des temps, la curiosité comme matin du monde.

                                                                                          Charles Aznavour*

 

* Le Regard de Charles, film 2020.

 

        Dans ce second volet, il nous est proposé de parler de notre propre définition et nos concepts sur la famille. En général, elle se définit par notre propre expérience. Donc par un récit autobiographique, je relève les principales caractéristiques qui ont marqué au fer rouge mon éducation. Je vous en livre quelques lignes : 

Dans ce court extrait de mon histoire de vie, on relève plusieurs éléments qui ont forgé ma propre perception de la famille. Cette dernière s’inscrit aussi dans une trajectoire sociale. On distingue clairement que mon père est le pourvoyeur alors que ma mère, au foyer, est en charge de l’éducation des enfants. Elle assure leurs besoins essentiels et affectifs. Nous sommes une famille nombreuse, de catégorie modeste, dans une région rurale. Ma mère est aimante et protectrice. Mon père est très travaillant. Il est discret, souvent absent. Il assure néanmoins certaines décisions majeures de la maisonnée et exprime son autorité, parfois, quand on déroge aux invectives de maman. Dans la culture générale de l’époque, le bâton et la fessée sont légions. Mes parents n’hésiteront pas en faire usage. De plus, ma mère deviendra une chrétienne très active dans sa confession, ce qui teintera davantage notre famille d’une couleur très traditionnelle. Aussi, au fil de mon adolescence, je prendrai conscience de mon homosexualité.

Ce terrain est déjà très propice à délimiter mes conceptions sur la famille, le couple. Elles ne se limiteront pas à mon enfance mais bien au delà et jusqu'à ma pratique, jadis, comme psychothérapeute-alcoologue. 

Dans la deuxième partie de ce séminaire, nous nous sommes invités à décrire les auteurs et les livres qui ont influencé nos perceptions sur la famille. En ce qui me concerne, le manuscrit et non le moindre le plus influent dans ma vie de jeune adulte et professionnel est sans aucuns doutes, Les Saintes Écritures, la Bible. Pour illustrer une partie de mon éducation, voici quelques dictats préconisés par cet ouvrage : 

Éphésiens 5.22 : « Femmes, soyez soumises à vos maris, comme au SEIGNEUR. »

Genèse 2.24 : « C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair. »  (ici une seule chair veut dire une famille.)

Proverbes 10.1 : « un fils sage fait la joie d’un père, et un fils insensé le chagrin de sa mère »

Proverbes 23.13-14 : « N'épargne pas la correction à l'enfant; Si tu le frappes de la verge, il ne mourra point. En le frappant de la verge, Tu délivres son âme du séjour des morts.… »

 Cependant, au fil de ma pratique et tout au long de mes études universitaires, mes représentations sur la famille changeront progressivement et viendront conforter mon intérêt grandissant envers cette entité mystérieuse qu'est la famille. Les mouvements féministes et queer (culture à contrario de l'hétéronormativité) m'apporteront de nouvelles connaissances plus appropriées à la réalité d'aujourd'hui, plus appropriées à ma pratique personnelle et professionnelle.

Et vous ! Quelle famille portez-vous ?

______________________

Je vous propose une nouvelle définition
pour conclure : la famille est un
nœud, un nœud entre le fil des générations
et le fil de l’alliance qui noue des
familles et des groupes qui s’ignoreraient
sans cela. Si la famille est un nœud, la
société un ensemble de filets… filets qui
comportent beaucoup de trous ! Autant
d‘espace laissé à l’initiative, qu’elle soit
créative, constructive ou délinquante !
Affirmons encore que le contour d’une
famille, dans le temps comme dans l’espace,
n’est jamais complètement clôturé
et identique, sauf si cette famille est
malade.
Je terminerai sur cette évidence surprenante
mais facilement oubliée : l’enfant
n’a jamais la même famille que ses
parents !


SERGE VALLON
Docteur en psychologie, psychanalyste,
rédacteur de la revue VST-CEMÉA